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  DECOUVRIR > Histoire et patrimoine > Histoires de Compiègne
 
Le Fonds Léré : un trésor pour Compiègne et ses environs

     Il est des esprits d'une curiosité universelle, mais qui accumulent leur documentation encyclopédique sur un terroir limité. Certains lèguent à la postérité un ouvrage ordonné, tels les Annuaires que Louis Graves consacra au département de l'Oise au milieu du XIXème siècle, d'autres un savoir demeuré à l'état brut, sous forme de notes et de dessins. Ce fut le cas de Jean Antoine François Léré qui se passionna pour Compiègne et ses environs et en donna un état assez complet, juste au lendemain de cette tourmente révolutionnaire qui bouleversa notre patrimoine.

     Léré naquit en 1761, au coin de la rue des Clochettes et de la rue du Vieux Pont, aujourd'hui rue Jeanne d'Arc, là où son père tenait un commerce de toiles. Après avoir fait ses études au collège (on a conservé un de ses cahiers pour la classe de troisième, datant de 1777), il suivit à Paris des cours de médecine et de sciences ; on lui attribue le titre de pharmacien mais il semble avoir peu exercé cette profession. C'est sans doute après la mort de sa mère, en 1796, qu'il reprit le commerce familial. Il eut une fille en 1799, d'une personne qui devait être à son service, épousée seulement en 1812. Ruiné en 1823, abandonné par sa femme et sa fille, il fut accueilli à l'hôpital général. En 1836, malade et soigné à l'hôtel-Dieu où régnait alors soeur Thérèse Massin, il offrit ses collections à la ville de Compiègne contre une pension viagère ; le contrat fut signé le 4 février 1837, Léré mourut cinq jours après.

     Léré se dévoua d'abord assez longtemps à l'administration de sa cité. Peu après être entré au conseil municipal, il fut nommé, en 1803, premier adjoint et «officier d'état-civil», fonction laïque créée en 1792. Il fut deux fois maire par intérim : de juillet 1804 à juin 1805, puis de mai à juin 1815. Il semble s'être ensuite désintéressé de la vie publique pour se consacrer entièrement à ses multiples enquêtes qui ont d'ailleurs commencé aux archives municipales. Il est dit «membre de plusieurs sociétés savantes», sans que l'on sache exactement lesquelles, probablement de naturalistes.

     Léré décrit non seulement les monuments civils et religieux, dont beaucoup viennent de disparaître ou sont réduits à quelques vestiges, suite du vandalisme révolutionnaire et surtout de leur vente comme «biens nationaux», mais encore tout le cadre de vie et les moeurs de son temps. Ses dessins coloriés, parfois maladroits mais évocateurs, ainsi que ses plans, soigneusement mesurés, accompagnent des notes assez brouillonnes mais transcrivant souvent des documents disparus ou difficilement accessibles. Il consigne les événements locaux, connus seulement grâce à lui, faute d'une presse politique locale qui n'apparaîtra que peu après sa mort ; il prend ainsi le relais de Gaspard Escuyer, auteur d'une Histoire de Compiègne, manuscrite. Il mène des enquêtes sur le terrain et observe avec précision ; il sait interroger les témoins du passé et pratique ainsi l'histoire orale ; il fait appel aux légendes et relate les coutumes. Peu importe que ses textes pèchent souvent par l'orthographe et la syntaxe, que ses réflexions soient parfois naïves, Léré nous a légué une documentation inestimable et Compiègne lui a justement dédié une rue à l'emplacement de l'ancien hôpital général.

     Sauf deux portefeuilles disparus en 1940 et huit actuellement déposés à la Division de l'Office national des forêts, c'est la bibliothèque Saint-Corneille qui conserve ce trésor, entièrement propriété de la Ville. Le Fonds Léré comprend une documentation diverse sur l'histoire et les monuments de Compiègne ; ainsi que sur : Montagnes, sources et fontaines ; Forêt ; Botanique et Horticulture ; Outils des professions à Compiègne ; Observations météorologiques ; Cryptogamie ; Jeux ; Recensements ; Pierrefonds ; Coucy ; Francières ; Tilloloy ; les cantons de Compiègne, Attichy, Estrées, Crépy, Soissons, Villers-Cotterets, Guiscard, Clermont, Ressons, Ribécourt, Senlis...

     Presque toute cette documentation reste à découvrir et à utiliser judicieusement. Ce qu'a déjà fait Pierre Deharveng, dans La marine à Compiègne (1816-1828), Bulletin de la Société historique de Compiègne, tome 27ème, 1980 et Les anciens moulins de Compiègne et de ses environs, Petites monographies illustrées de la Société historique de Compiègne, 1991.


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