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  DECOUVRIR > Histoire et patrimoine > Histoires de Compiègne
 
Aspects de Compiègne vers 1900

     Il faut savoir tirer parti des enquêtes du temps passé, mais aussi les critiquer. Victor Eugène Ardouin-Dumazet, né à Vizille en 1852, mort à Arsonval dans l'Aube, en 1940, fut ce publiciste qui, après s'être intéressé à l'histoire militaire, publia un Voyage en France en soixante volumes, décrivant avec un soin particulier les diverses activités industrielles.

     Cet ouvrage, clairement rédigé, entre 1893 et 1907, est une mine de renseignements sur l'économie de notre pays et ne néglige pas ses atouts touristiques. Le volume sur le nord de la région parisienne et le Valois inclut Compiègne, il fut publié en 1905. Le chapitre IX décrit en seize pages Compiègne et la navigation de l'Oise. Depuis la fin du Second Empire, la ville est passée de douze à seize mille habitants. « On y réside davantage qu'à Fontainebleau si l'on y vient moins en excursion ».

     L'Oise borde la ville, « peu majestueusement d'ailleurs, Compiègne n'ayant pas édifié de belles constructions au long de la rivière ». On remarque aussi que « Le mouvement est toujours considérable à l'entrée de la ville ; la rue Solférino qui fait suite au pont a plus de foule que ne le laisserait supposer le nombre d'habitants mais au-delà, de chaque côté, c'est le calme provincial complet, sauf aux jours de marché ». Est-ce que cela a tellement changé ?

     L'auteur n'a pas tort d'estimer qu'extérieurement les lignes de l'église Saint-Jacques sont sèches, et il est de ceux qui regrettent le décor intérieur du XVIIème siècle masquant l'architecture de l'édifice gothique : « des transformations lui ont fait perdre en élégance ce qu'il a gagné en somptuosité » ; on reconnaît ici l'ennemi du baroque et le partisan absolu de l'unité dans le style d'un bâtiment. Curieusement, l'église Saint-Antoine et même l'Hôtel de Ville ne retiennent pas son attention, en revanche il évoque ainsi le château : « Ce palais célèbre présente une façade classique et froide. Sur le parc, l'ordonnance a plus de beauté et de majesté ; elle développe des lignes très nobles en face de superbes parterres et des grands horizons de la forêt... Les souvenirs des Bonaparte dominent... Le parc est d'un grand charme, il a plus d'intimité qu'à Versailles ». Cette dernière notation est plutôt naïve.

     Les renseignements ne sont pas toujours exacts, ainsi pour la Grosse Tour, « une ruine mal encadrée qui vient d'être mutilée par le propriétaire dont on ne voulait pas reconnaître les prétentions, malgré les efforts de la municipalité et du Touring Club ». Le square entourant cette tour ne fut en effet aménagé que peu après 1918. La partie supérieure de cette Grosse Tour, en mauvais état depuis le XVème siècle, s'était effondrée en 1868, mais son propriétaire, le comte de Songeons, l'entretenait au mieux et, en 1899, il acceptait de céder la tour et le terrain environnant, afin de permettre le prolongement de la rue d'Austerlitz qui s'arrêtait alors à la rue de l'Ecu.

     Notre auteur vante une « ville de repos et de séjour » et particulièrement le charme du quartier des avenues. Cependant Compiègne n'a pas seulement un caractère aristocratique mais aussi un rôle économique important, grâce, souligne-t-on, à plusieurs lignes de chemin de fer et à une importante voie navigable. Les usines sont énumérées, la plupart étant d'ailleurs à Margny, « commune autonome mais véritable faubourg », telles une chapellerie de feutre (il s'agit de celle des frères Moores), un tissage de toiles dites des Pyrénées (où se trouvait-il ?), une fabrique de chocolat (Mauprivez ). Il semble que l'auteur se reporte à d'anciennes statistiques, évoquant la bonneterie et les activités liées au transport par eau qui n'apparaissent plus guère alors.

     C'est avec raison qu'il insiste sur les transports par la batellerie ; à l'écluse de Venette, en 1903, transitent 3 399 506 tonnes de marchandises dont seulement 35 000 tonnes manutentionnées à Compiègne (aux ports à charbon et à vin) et à Venette. Les trains de bateaux sont préparés à Janville et remorqués jusqu'à Conflans Saint-Honorine. La place de la succursale de la Banque de France, au soixante dix-huitième rang en 1903, soit avant des villes comme Poitiers et Toulon, prouve en tout cas la richesse de Compiègne.

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