Il faut distinguer vérité historique et publicité médiatique -triomphante, hélas, dans l'opinion publique et même les ouvrages usuels- c'est particulièrement vrai dans l'invention du cinématographe dont on commémore le centenaire cette année, en se fondant sur la première projection publique payante, en France. Cette invention est en fait l'aboutissement de recherches complexes, françaises et étrangères. C'est ainsi que sont glorifiés les frères Lumière, industriels ingénieux, et qu'est oublié le docteur Etienne Jules Marey, savant de laboratoire. Marey, avec Pasteur, fit partie du petit nombre de scientifiques honorés, sous le Second Empire, par une invitation aux « Séries de Compiègne ». En novembre 1866, il y fit une démonstration de son appareil enregistreur du battement des artères, le sphygmographe, décelant ainsi une insuffisance aortique grave chez l'une des dames présentes, retrouvée morte dans son lit peu après.
A partir des recherches de l'américain Muybridge, voulant étudier le vol des oiseaux et, d'une manière générale, Le Mouvement (titre de son principal ouvrage, paru en 1894), Marey, sous le nom de chronophotographe, fabriqua le premier appareil de prise de vue (compte rendu à l'Académie des Sciences en 1888) qui, réversible, permettait aussi la projection sur écran (compte rendu à l'Académie des Sciences en 1890) ; plusieurs films, à l'usage exclusif de son laboratoire, furent ainsi tournés et projetés, bien avant « L'arroseur arrosé ».
Dans La Revue Scientifique, le 2 janvier 1903, Marey précisait " J'ai imaginé, pour les besoins de la physiologie, une méthode : la chronophotographie... L'application la plus ingénieuse et la plus populaire de cette méthode a été réalisée dans le cinématographe de MM. Lumière". Les industriels lyonnais employèrent un chronophotographe Marey, utilisant la bande perforée d'Emile Reynaud et de Leprince, sous le nom de cinématographe, forgé par Léon Bouly. Il s'agit de l'un des nombreux chronophotographes perfectionnés qui apparurent alors, et celui des Lumière ira rapidement rejoindre au musée les autres chronophotographes qui le concurrençaient (ceux de Demeny, de Grimoin-Sanson...), notamment au service des Gaumont ou des Pathé. L'Académie des Sciences n'a d'ailleurs accueilli Louis Lumière que dans une section spéciale et nouvellement créée, presque à son intention, celle dite des « Applications de la science à l'industrie ». Quant au cinéma en tant qu'art, il eut pour pionnier Georges Méliès.
A Compiègne, il y eut sans doute assez tôt des projections publiques payantes, mais exceptionnelles, notamment lors de la foire des Capucins ou de la fête de juin. Les premiers établissements spécialisés, nos cinémas, furent plus tardifs. Le Cinématographe Leconte, situé sur l'ancienne place de la Gare (à l'emplacement de l'actuel Week-End), paraît avoir été le premier, étant inauguré le 31 octobre 1907 ; on projetait de l'intérieur sur un écran placé en façade d'un magasin de chaussures, le public restant à l'extérieur.
Le samedi 20 décembre 1913, cette installation sommaire faisait place à une salle confortable, sous le nom d'Olympia cinéma. La salle Pinson, ouverte en 1882, rue du Port à Bateaux, adonnée aux variétés et surtout aux bals populaires, organisa aussi des séances régulières et la salle fut réaménagée à cet effet, également fin 1913. Les actualités du Pathé journal, des scènes de voyages, de mélodrames, et surtout de gros comique -notamment de Max Linder- formaient alors l'essentiel du spectacle. Un petit orchestre ou un simple piano, accompagnaient les images alors muettes ; à l'Olympia c'était une astucieuse machine à musique. Après guerre, l'Olympia brûla dès 1919 et, à la salle Margnotine de la Renaissance, datant de cette même année, devait s'ajouter le Nouveau Théâtre qui, ouvert le 22 décembre 1926, reste actuellement le seul cinéma compiégnois, Les Dianes.
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