On emploie souvent à tort et à travers les termes de château et de palais, trop souvent considérés comme synonymes, alors que leur ambiguïté est relative et qu'un examen linguistique et historique permet de préciser leur acception.
Le Dictionnaire historique de la langue française Robert, mais surtout le Dictionnaire raisonné de l'architecture française de Viollet le Duc fournissent des indications qu'il convient de préciser par l'examen des situations historiques. Le terme palatium, provenant de l'emplacement des résidences impériales romaines sur le mont Palatin, désigna l'appareil gouvernemental des rois francs, mérovingiens et carolingiens, puis les bâtiments d'où ils gouvernaient.
Compiègne, d'abord maison de chasse royale, peut être dit palatium depuis Dagobert. Le palais se caractériserait, non seulement par son luxe ostentatoire mais aussi par son caractère fonctionnel, en tant que résidence des responsables de la vie civique et religieuse. Les évêques, protecteurs des cités, habitèrent des palais épiscopaux...
Le premier emplacement du pouvoir royal à Paris, dans l'Ile de la Cité, fut sans doute déjà celui même des représentants de l'Empire romain et prit donc le nom de palais. On trouve aussi d'autres palais de seigneurs suzerains, ainsi celui des comtes de Champagne à Troyes, celui des comtes de Poitiers, celui des ducs Valois de Bourgogne à Dijon. Le palais de Paris, partagé avec le pouvoir judiciaire auquel il fut progressivement abandonné, devint le palais de justice, si bien que ce terme de palais fut pris désormais partout dans cette acception ; bien que celui de Paris resta longtemps un lieu symbolique du pouvoir royal. Charles V l'avait abandonné en 1364, lui préférant le château du Louvre, ou encore l'hôtel Saint-Paul, auquel succédera l'hôtel des Tournelles, sans compter le château de Vincennes.
Les résidences royales s'appelèrent châteaux, du latin castellum, diminutif de castrum, signifiant à l'origine camp militaire ; alors que le terme de palais fut réservé aux sièges des autorités ecclésiastiques ou judiciaires. N'oublions pas les Logis du Roi, souvent fort modestes, qu'entretenaient la plupart des « bonnes villes ».
On dit château pour Versailles, mais aussi pour Compiègne, Fontainebleau, les Tuileries, où la cour des deux empires résida pourtant régulièrement. Non seulement les bâtiments de ces châteaux étaient des constructions royales mais encore ce furent les sièges réguliers du gouvernement, disposant d'un cabinet du Conseil.
Les Tuileries furent même sous la Restauration et Louis-Philippe « le château » par excellence ; rappelons qu'elle furent incendiées par la Commune en 1871. Le château du Louvre, considérablement agrandi sous le premier et surtout sous le second Empire, garda ainsi le nom de palais qui commençait à lui être donné déjà auparavant. L'emploi du mot palais pour désigner une demeure somptueuse mais autre qu'une demeure royale -elle peut être celle d'une reine ou d'un prince du sang- n'apparaît pas avant le XVIIème siècle et semble dû à l'influence du palazzo italien ; ainsi pour les palais du Luxembourg, Cardinal devenu Royal par legs de Richelieu, Mazarin (l'actuelle bibliothèque nationale), Bourbon.
Napoléon, bien qu'ayant rétabli un pouvoir monarchique héréditaire ne voulut pas accepter ce terme de château, trop lié à la tradition royale ; il reprit le nom de palais, évoquant cet empire romain dont il se prétendait l'héritier. Le langage « administratif » républicain a gardé l'expression de palais nationaux.
A Compiègne on ne parla donc, depuis le XIIème siècle (les premiers capétiens utilisant encore le termer palatium), que de château. Le mot palais ne devrait plus alors être employé que pour les deux règnes des Bonaparte. Si la place dédiée actuellement au général de Gaulle fut quelque temps celle du Palais, elle s'appelait auparavant Place du Château, et à l'origine Place d'Armes ; la rue Henri de Seroux, ainsi baptisée en 1922, s'appelait auparavant rue du Château. Il s'agit bien à Compiègne d'une construction exclusivement royale (sauf la galerie Natoire), seul le théâtre de Napoléon III peut être dit impérial.
Le terme de palais ne s'applique plus seulement aux anciennes résidences des évêques et aux sièges des tribunaux mais a été d'abord étendu à de nombreux bâtiments d'intérêt général -ainsi à Paris, le Palais de l'Industrie (1867), le Trocadéro (1878) devenu Chaillot, les Grand et Petit Palais (1900), celui de l'UNESCO, entre autres- puis très galvaudé partout : palais des Congrès, des Sports, de la Bière etc... La précision historique est donc plutôt pour le site actuel, en faveur du terme château, elle ne nuit pas plus à l'attrait touristique qu'à Versailles ou à Fontainebleau.
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