Il y a des tournants décisifs dans l'histoire d'une ville aussi bien que dans celle des individus ; il y a des rencontres providentielles avec des personnalités qui, par leur énergie et leur passion, transforment la destinée d'une cité. Ainsi la ville de Compiègne est née du choix de Charles le Chauve. Plusieurs de nos rois ont ensuite marqué l'urbanisme compiégnois. Citons seulement Louis XV qui eut le « coup de foudre » pour Compiègne et sa forêt, dès qu'il les aperçut pour la première fois, en 1728, à l'âge de dix-huit ans ; le pont et le château actuels, les avenues, les Grandes Ecuries devenues le Haras, de nombreux hôtels transforment la ville. Napoléon III et Eugénie s'attachèrent aussi à Compiègne et au château de Pierrefonds.
Compiègne vécut de sa fonction résidentielle jusqu'en 1939, malgré les destructions en 1918 ; son style aristocratique s'incarnait en Fournier-Sarlovèze, maire de 1904 à 1935. La ville fut à nouveau ravagée en 1940, cette fois la société fortunée qui faisait vivre l'économie compiégnoise était très amenuisée ; si bien que, la reconstruction en voie d'achèvement, la petite cité résidentielle et touristique risquait de vivoter. Devait-on lui trouver de nouvelles vocations, lui permettant non seulement de garder ses charmes intacts mais encore d'attirer de nouveaux venus ? L'espace à cette époque ne manquait pas ; il y avait encore un large terroir agricole entre la forêt et la rivière ; à peine entamé par l'implantation des casernes de Royallieu en 1913.
C'est alors qu'intervient le choix de Jean Legendre. Ce journaliste politique parisien, avait d'abord soutenu à Senlis un candidat national lors de la campagne électorale de 1936, avant de préparer à Compiègne sa propre candidature à la députation, lorsque la guerre éclata en 1939. Député en 1945, le voici maire de Compiègne en 1947, le demeurant jusqu'en 1987, sauf une interruption de 1954 à 1959. En 1953, il ne se maintenait à son poste que grâce à la division de la gauche, alors majoritaire au conseil municipal ; c'est dans cette situation difficile qu'il fit prendre à Compiègne un tournant décisif, en réussissant à faire voter par son conseil, le 23 novembre, la création de la zone industrielle Nord qu'il avait organisée en quelques semaines afin d'y attirer l'usine Palmolive, elle devait y fonctionner à partir de janvier 1956.
Recouvrant l'espace disponible, en une vingtaine d'années, de nouveaux quartiers firent doubler la population. N'ayant pas pu attirer Saint-Cyr, en 1952, ce qui aurait sans doute été plus conforme à sa tradition, Compiègne allait devenir comme beaucoup d'autres cités, un centre industriel. Cependant l'implantation de l'Université de Technologie, en 1972, fut un coup de maître et se révéla un atout exceptionnel pour la promotion de la ville. Entre 1972 et 1975, une nouvelle politique culturelle allait aussi permettre de rééquilibrer progressivement l'économique, l'écologique et le culturel, et de redonner au centre historique son éclat, avec l'aide de diverses associations (Amis du musée Vivenel, Société pour la protection de la forêt de Compiègne et surtout, la Sauvegarde du Vieux Compiègne), alors que le Centre culturel de Compiègne et du Valois prenait, sur une base assurée, le relais du Portique de Briet-Daubigny.
Ainsi le nouveau Compiègne de Jean Legendre tentait heureusement de concilier la tradition et le dynamisme, entreprise difficile et sans cesse à poursuivre. Jean Legendre s'inscrit bien dans la lignée des souverains urbanistes dont les choix ont fait Compiègne.
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