Après la réforme de Sainte-Thérèse d'Avila, le premier carmel français fut implanté à Paris, en 1604, par Madame Acarie. C'est d'Amiens que vinrent, en 1641, nos carmélites ; accueillies par les bénédictines de Royallieu et installées à l'hôtel de la Toison d'or, rue des Minimes.
En 1642, les voici à la maison Seroux -deux filles de cette famille seront carmélites- qui deviendra l'hôtel de Toulouse, au 25 de l'actuelle rue Fournier-Sarlovèze. Enfin en 1648, elles s'établirent entre la rue de la Porte-Chapelle et l'Oise, à l'emplacement actuel du Théâtre Impérial et de l'ancien quartier de cavalerie. La monarchie très chrétienne les protégea constamment. Une des filles de Louis XV et de Marie Leczinska, Louise, se fit carmélite à Saint-Denis ; le roi lui refusa Compiègne, ne voulant pas qu'elle fut dans une résidence de la cour. Les libéralités du comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, permirent de reconstruire l'église ; le comte et la comtesse y eurent un beau carditaphe sculpté par J.B. Lemoyne ; tout fut détruit par la Révolution. Chassées en septembre 1792, après la chute du trône, les religieuses se regroupèrent dans trois maisons autour de Saint-Antoine. Leur « fanatisme » persistant, elles furent seize à être guillotinées à Paris, sur l'actuelle place de la Nation, le 17 juillet 1794, avant d'être enfouies dans la fosse commune voisine de Picpus.
Les terres de foi furent celles de la résistance à la déchristianisation, sournoise ou brutale, le sang des martyrs les féconda. De même, la seule communauté monastique compiégnoise qui ait ressuscité après la terreur révolutionnaire, fut celle qui se voua par amour au sacrifice absolu.
La reine Amélie, femme de Louis-Philippe, ne fut sans doute pas étrangère à une première restauration, en 1834. La prieure du carmel de Paris, Camille de Soyecourt, installa une communauté au 9, et secondairement au 11, rue Saint-Antoine ; transportée de 1838 à 1850, à l'emplacement de l'ancienne Porte de Paris, l'actuelle salle en rotonde du 43, rue de Paris, servant de chapelle. Cette première tentative semblait avoir échoué mais l'impératrice Eugénie, espagnole d'origine, va encourager des carmélites de Troyes à s'établir en septembre 1866, dans un enclos situé dans cette partie haute de la rue Saint-Lazare alors presque déserte, sauf quelques maisons de bûcherons. La république laïque a respecté ce couvent, même lors de la persécution anticléricale au début de ce siècle.
Voilà le carmel qui passe sur la rive droite de l'Oise, s'installant pour Pâques de l'an 1992 à Jonquière; il restera cependant pour Compiègne un indispensable foyer spirituel. Selon le dogme magnifique et consolateur de la réversibilité des douleurs de l'innocence au profit des coupables, le sacrifice quotidien par amour va se perpétuer dans le pieux souvenir du sacrifice sanglant, sereinement assumé, il y a bientôt deux siècles, par les seize soeurs bienheureuses.
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